Licenciés de Master

Dans l’optique de continuer et de conforter l’évolution ainsi que l’organisation Licence – Master – Doctorat (LMD) mise en place par le Conseil National de l’Enseignement et de la Recherche (Cneser), le gouvernement, sur la décision de la ministre de l’éducation, a promulgué une législation permettant d’encadrer le passage de la licence au master.

Cette sélection se fera au détriment de celle déjà existante lors du passage du Master 1 au Master 2. A l’exception faite des cursus de droit, de gestion et de psychologie qui seront, eux, soumis à la fois à l’ancienne (ou uniquement à celle-ci par leur caractère dérogatoire) mais également à la nouvelle sélection, comme ce sera le cas pour les étudiants souhaitant devenir psychologue. Quid du véritable changement qu’apporte cette législation ?

 

La Loi n° 2016-1828 parue au Journal Officiel le 23 décembre 2016 dispose désormais en ces termes: “L’admission [au deuxième cycle de l’enseignement supérieur] est alors subordonnée au succès à un concours ou à l’examen du dossier du candidat.” Comme c’est le cas pour une majorité d’écoles, cela l’est maintenant pour l’entrée en master universitaire. Ces modalités d’admission sont à la décision libre et arbitraire des universités concernées. Pour justifier cette loi, la ministre de l’éducation explique que “la sélection qui existait à bac+4, c’est à dire à l’entrée du DEA et du DESS, a été conservée. Et elle se retrouve désormais au milieu de ce qui est devenu le master. C’est là qu’est l’incohérence” – (Echos 11/09/16). Incohérence ironiquement présente dans la création d’un concours entre la troisième année de licence et la première année de master, compte tenu du gouffre culturel et des exigences attendues entre ces deux cycles universitaires. Effectivement, à l’heure actuelle, rien ne prépare les étudiants de licence au passage d’un concours dont les modalités seraient basées sur les attentes du master (pas de préparation à la recherche, par exemple).

 

Cette loi prévoit par ailleurs que “Les capacités d’accueil fixées par les établissements font l’objet d’un dialogue avec l’Etat”. Il se dessine alors clairement, dans cette partie, le risque d’un élitisme davantage prononcé entre les universités. A savoir qu’une limitation des effectifs peut provoquer un engouement de prestige pour l’université concernée ; la rendre moins accessible, plus élitiste et de fait augmenter ses frais d’inscription et durcir les notations ainsi que les exigences afin de pouvoir rayonner plus favorablement à l’échelle nationale et internationale. Par ailleurs, cette partie de la loi ne semble valoir que pour cette question de prestige, puisque selon la ministre de l’éducation (Les Echos 11/09/16), “ il y a à peu près autant d’étudiants en M1 (164.000 étudiants) qu’en M2 (154.000). Donc, globalement, on ne souffre pas d’un manque de places ni en M1 ni en M2”. La question de la régulation des effectifs devient caduque, et devrait l’être d’autant plus, dans la mesure d’une potentielle épuration par concours ou sélection qui aura lieu avant l’entrée en première année de master.

 

Par corollaire, la législation énonce que “[des étudiants] qui ne sont pas admis en première année d’une formation du deuxième cycle de leur choix conduisant au diplôme national de master se voient proposer l’inscription dans une formation du deuxième cycle en tenant compte de leur projet professionnel “, sur la décision du recteur de l’académie. Considérées comme “un droit à la poursuite des études”, les propositions qui seront faites par ce représentant des ministres chargés de l’éducation sont encore en débat. Effectivement, selon N.V.Belkacem “C’est un des sujets de la concertation en cours. Il faut que ces critères soient objectifs, transparents, fondés sur la motivation, le niveau pédagogique et le projet de l’étudiant”. De fait, dans l’approche optimiste du projet, c’est envisageable. Dans le cas où l’optimisme n’est pas de mise, le recteur reste un représentant des ministres de l’éducation en sa qualité unique de chancelier. Sa vocation à pouvoir décider de trois options pour un étudiant, refusé dans son premier choix de master, paraît dès lors surfaite. Effectivement, dans des universités de plus de 60 000 étudiants, “grâce” à des processus de fusion entre autre, les équipes présentes seront-elles suffisamment compétentes pour prendre en compte les critères cités ci-dessus et ainsi proposer une formation en accord avec le projet professionnel et/ou personnel du candidat ? Le cas échéant, ces propositions ne seront ni plus ni moins que des voies de garage permettant de rediriger l’étudiant vers une faculté reculée et ainsi creuser un fossé de prestige, par digression.

 

Finalement, cette loi, faite plus ou moins sur le volet pour encadrer juridiquement les cycles du secondaire, avec la promesse d’être réajustée à postériori, peut être considérée comme une trappe pour les étudiants vers des voies de garage sans garantie, comme une surchauffe du système administratif vers un surbookage des recteurs ainsi que de ses équipes, et comme un processus d’élitisme et de distinction par la dévalorisation des universités et de leurs enseignements. Le tout sans doute lié à cette folie des grandeurs universitaires, perpétrée par l’engrenage des fusions, basée sur le modèle anglo-saxon vers la mise en relief de la notoriété au détriment de la qualité de l’enseignement.

 

Antoine Pacquier

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