41 % de réussite. 30% de redoublement. 39% de départs. Telles sont les statistiques recueillies à l’issue de la première année d’étude à l’université. Ce sont ces chiffres qui ont poussé l’actuelle ministre Frédérique Vidal, sur la demande du président de la République, à présenter une réforme de l’accès à l’enseignement supérieur. Une réforme aujourd’hui critiquée pour son caractère sélectif.

Pourtant, le texte de loi spécifie dès le premier article que le cycle universitaire reste ouvert à tout titulaire du diplôme du Bac. Donc a priori pas de sélection. Mais il suffit de continuer sa lecture pour constater que la vraie nature du texte est plus complexe. En effet, dès l’alinéa trois de ce même article, la ministre annonce que dans les filières où le nombre de candidatures est supérieur au nombre de places disponibles, un tri sera effectué par les établissements. Mais sur quels critères s’appuieront-ils ?

C’est sur cet aspect que la colère des opposants se cristallise. Car la réforme annonce bien la mise en place de pré-requis nécessaires pour entrer à l’université. Ils sont individuellement définis par les établissements et universités en fonction des formations proposées, et regroupés sur la nouvelle plateforme Parcoursup. Si les notes sont bien sûr une des principales données, d’autres critères plus incongrus tels que l’obtention du permis de conduire, du diplôme du BAFA, ou le fait d’avoir été délégué pourraient également être pris en compte en fonction des établissements. 

Un autre point mis en avant par l’opposition est celui de la fin du choix de son université. La loi renforce le système de sectorisation déjà en place dans l’algorithme de la plateforme APB avec la création d’un pourcentage, fixé par chaque académie, du nombre d’étudiant pouvant étudier dans une université extérieure à l’académie dans laquelle ils résident. Cette sectorisation renforcée contribue à l’entretien d’inégalités socio-spatiales, un lycéen de province ou de banlieu ayant alors beaucoup plus de difficultés à intégrer une prestigieuse université parisienne.  

Enfin, la compensation semestrielle et intra-semestrielle des notes est aussi dans le viseur du ministère. Ce système permettait à un élève n’ayant pas validé certaines matières au premier semestre de tout de même passer, s’il se rattrapait au second semestre, à l’année d’étude suivante. La mise en place d’une inscription par Unité d’Etude (UE) vient supprimer cette pratique, handicapant un peu plus les élèves en difficulté ou en situation précaire. 

Parmi d’autres, ce sont ces principaux points qui ont contribué à fédérer l’opposition. Bien que peu médiatisées, des universités ont refusé de faire remonter les fameux “attendus” : les Commissions de Formation et de la Vie Universitaire (CFVU) des universités de Rennes 2, Pau, Paris 1 se sont ainsi mobilisés pour réaffirmer leur attachement au libre accès des bacheliers à l’enseignement supérieur public. Dans le prolongement de ces actions, deux rassemblements le 1er et le 6 février ont réussi à mobiliser respectivement entre 3 000 et 20 000 personnes, tandis qu’un troisième rassemblement en demi-teinte le 15 février a également eu lieu. La mobilisation doit se prolonger le 15 mars, nouvelle journée de mobilisation nationale contre les lois Vidal et Blanquer. La véritable épreuve du feu pour les adversaires de la réforme et du gouvernement aura cependant lieu le 22 mars avec la tentative d’un front commun de la fonction publique contre l’offensive macroniste totale concernant les services publics. 

Pierrick Lavoine

Sources

http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta/ta0061.asp

http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/11/21/41-6-des-bacheliers-reussissent-leur-premiere-annee-de-licence_5218170_4401467.html

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/01/2-400-manifestants-a-paris-contre-les-reformes-de-l-universite-et-du-bac_5250547_4401467.html

 

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