Suite aux drames de vendredi dernier la Rédac’ et les membres de SorbonneTV ont souhaité partager avec vous des témoignages et ressentiments sur ce que toute la France a partagé en ce sombre week end. Nous vous invitons à faire de même si vous en ressentez le besoin.

« Je refuse d’avoir peur. »

 

Vendredi soir je sors dîner avec des amis, rue AMELOT. Après avoir bien mangé, nous sortons pour une balade nocturne dans le centre de la Capitale. Un homme vient à notre rencontre, il semble perdu, nous nous disons tous que c’est très certainement une personne bien alcoolisée, jusqu’à ce que celui-ci se tourne. Nous voyons dès lors sa veste, tachée de sang. Je chuchote à l’oreille de mon ami qui est en train de lui parler ce que je viens de voir. L’homme qui nous fait face semble apeuré et demande le métro le plus proche. Nous lui conseillons celui proche du Bataclan. Il met ses mains sur ses yeux. Nous ne comprenions pas ce qu’il se passait. Un homme arrive en courant et nous demande de nous disperser et surtout de ne pas rester là. L’ambiance semble devenir bien lourde à ce moment-là, l’homme ensanglanté part, les sirènes résonnent dans la Capitale et l’on regarde nos téléphones. Un grand moment de silence, mais surtout d’incompréhension nous envahit tous en même temps. Il y a eu un attentat. Quelques minutes plus tard, ce n’est pas un attentat qui frappe Paris mais deux ! Déboussolés, nous nous asseyons en essayant de comprendre ce qu’il se passe. On ne réalise pas l’ampleur mais chacun de nous se met à ressentir des sentiments différents. L’un veut se battre, l’autre se tait, l’autre tremble, l’autre réconforte. Moi j’avance dans la rue entourée de mes amis, la nausée au ventre.
En marchant je me sens perdue, je n’arrive simplement pas à comprendre ce que mon cœur et mon esprit essayent de me dire. Je suis déboussolée, c’est à peine si j’arrive à parler, je me concentre donc sur mes amis. Ce n’est que le lendemain en quittant l’appartement de mon ami qui m’a gentiment hébergée pour éviter que je ne rentre en RER chez moi hier, que je réalise le chaos vécu hier. Je me rappelle le contraste entre la rive droite et la gauche. En traversant l’Ile je voyais des gens courir et d’autres s’embrasser, des voitures de polices sillonner Paris et puis le lendemain, un calme presque post apocalyptique. Personne, je dis bien personne dans Paris. Sur internet je vois les chiffres monter, les messages traverser la toile, on passe notre nuit au téléphone.


Cette soirée représentait l’horreur. L’horreur du meurtre, de la violence et de la haine.


Hier je me sentais mal dans ma ville, dans notre Capitale sans pourvoir dire pourquoi mais aujourd’hui je peux le dire : on m’a retiré ce sentiment de liberté que je ressens quand je traverse ma ville, on me l’a retiré une soirée, une soirée de trop. Je suis Parisienne et je refuse d’avoir peur de marcher dans ma ville.

Perrine Aubigeon, Vice-Présidente de SorbonneTV.

Rédigé le samedi 14 novembre.

12240239_10153585984260751_8913817458716478862_o
Crédits : Service Communication Paris 1 Panthéon-Sorbonne

« Soyons français soyons en digne »

 

Plutôt que de vous faire part de mon ressentiment de ces heures noires, où la haine se transforma en meurtre de masse, je vais plutôt vous raconter la manière dont je perçois l’issue de ces attentats : Qu’est-ce que Paris, qu’est-ce que la France après tant de morts ?

Il est 16h30, boulevard Voltaire, ce dimanche 15 novembre, et malgré l’interdiction de se rassembler ordonnée par la Préfecture, la rue est étrangement bondée. Les français ont bougé, bravé l’interdit, et se rassemblent pour faire face. Aux larmes des proches se mêle l’incompréhension, le désarroi, et certains reviennent déjà devant le lieu même où deux jours avant ils avaient frôlé la mort.

Et il y a tous les autres : inconnus, touristes, voisins, voisines, amis, qui, devant l’amoncellement de fleurs et de bougies, sont là, silencieux mais présents, avec une certaine fierté, comme s’ils défiaient les criminels d’hier à l’image du slogan ‪#‎MêmePasPeur‬.

Mais quelque part j’ai aussi peur, peur non pas des éventuels attentats qui pourraient nous frapper à nouveau, mais peur de la suite que nous allons donner à ces attentats en tant que Français.

L’heure n’est pas à la colère, compréhensible et même quasi-normale, mais au recueillement puis à l’après. Ne sombrons pas dans l’amalgame, dans le racisme et la xénophobie. Nous ne sommes pas en croisade contre un islam radical, mais comme tous les musulmans qui vivent aujourd’hui sous le joug de l’Etat Islamique et qui en sont les premières victimes, nous sommes en quête de Liberté. Une liberté que nous avons, et que nous devons garder, une liberté de vivre selon nos valeurs, de côtoyer la différence et d’en faire une force, de survivre au pire et de se relever ensemble.

Aujourd’hui j’ai vu une ville, ma ville, notre ville, et des citoyens meilleurs sortir doucement des abysses. C’était un peu comme un douloureux réveil après un cauchemar, mais un réveil puissant, bénéfique. La France d’hier n’est plus, c’est une nouvelle France qui émerge, une France solidaire qui se lève et refuse de se soumettre à la peur et qui fera dignement face aux défis qui l’attendent.

En fin de compte, le meilleur et le plus beau des hommages à rendre à ces innombrables victimes est de ne pas sombrer, ni dans la peur, ni dans les dérives qu’elle peut engendrer. Nous sommes Français, soyons-en digne !

Florian BERENSON, Président de SorbonneTV.

Rédigé le dimanche 15 novembre.

Crédits : Baptiste Dorent

Une journée qui semblait banale

 

Vendredi 13 novembre 2015: 00h00, je sors de mon lit et cours voir mon père et crie «Joyeux anniversaire Papa», je m’assois à côté de lui un petit moment et pars me coucher en pensant à la belle journée qui m’attendait. 06h20, le réveil sonne, comme tout les matins je peine à sortir de mon lit, mais je finis par me lever, m’habiller, me préparer, et je prends le chemin de la faculté, un peu stressée par les IPWEB qui m’attendaient à 11h30. Le cours de finances publiques se déroule sans le moindre problème, puis je rentre chez moi avec une amie pour faire nos inscriptions IPWEB, on parle, on rigole, mais on stresse surtout de ne pas avoir les TD qu’on veut. 11h30: les inscriptions commencent, la pression monte, on est prête. 11h31: C’est bon, nous nous sommes inscrites, nous avons eu tous les TD que nous voulions, nous crions, nous rigolons, nous sommes heureuses et soulagées. 11h45: Nous prenons le chemin de la faculté tout en rigolant et en se disant «Finalement, le vendredi 13, ça porte peut être bonheur.» 13h: Je pars en TD d’anglais et elle à la bibliothèque comme tous les vendredis. 14h30: Je pars travailler au café à côté de la faculté avant le début de mon prochain cours, au final je ne travaille pas vraiment, je suis pensive.

16h15: Je prends la route du Panthéon, je vais y rejoindre mon amie qui fait sa pause à la Bibliothèque St-Barbe. 17h: Je la quitte pour aller à mon cours de Forces Politique et Sociales, que j’arrive pour une fois à prendre en entier, ce qui me fait rire, je me dis qu’aujourd’hui tout est possible. 17h30: Le cours se termine et je prends le chemin du centre René Cassin avec une autre amie pour aller à mon TD de Forces Politique et Sociales. 19h: Le TD commence, nous ne sommes pas nombreux mais une bonne ambiance règne, tout le monde est de bonne humeur, on débat, on participe, on discute. 20h30: Le TD se termine, je cours prendre le bus direction rue Travèrsière, chez les parents de mon père où toute ma famille m’attend pour dîner.

21h: J’arrive enfin, nous papotons un peu, rigolons, on sort le champagne puis nous passons à table. 22h30 ou peut être un peu plus tard, ma tante appelle, elle parle à mon grand père qui lui passe mon père, elle lui souhaite un joyeux anniversaire, et raccroche, le repas continue. Puis à 23h je vois que mon amie m’a envoyé 6 messages : je me dis que je devrais peut être lire qui sait, si ça se trouve c’est important. Les trois premiers messages répondent à mon dernier message mais les trois suivants sont étranges, dans le premier elle me demande si ça va, dans le second me dit qu’un de nos amis ne lui répond pas, et dans le troisième que ça l’inquiète. Je ne comprends pas, je lui réponds que je vais bien mais que je suis épuisée et lui demande pourquoi cela l’inquiète. C’est à ce moment que mon grand frère nous annonce «Il y a eu un attentat, il y a 18 morts». Tout le monde se tait, personne ne comprend, mon grand-père confirme cette nouvelle en nous expliquant que ma tante l’avait appelé pour le prévenir mais lui avait demandé de ne rien dire, pour ne pas gâcher les 50 ans de mon père. Ma grand mère allume la télévision, et c’est comme si le monde s’effondrait. Nous nous retrouvons confrontés à l’horreur.

Nous sommes abasourdis, je prends mon téléphone et commence à envoyer des messages à tout le monde pour prendre des nouvelles, j’appelle les uns en attendant des nouvelles des autres, certains répondent, d’autres non, les messages pleuvent sur facebook, on ne sait plus où donner de la tête. Petit à petit une boule se noue dans mon ventre, la nausée monte, ainsi que les larmes, je ne comprends pas, j’ai l’impression de m’être endormie et d’être dans un cauchemar. Mon frère me propose de sortir dans la cour de l’immeuble pour fumer une cigarette, je descends avec lui mais impossible de me calmer, je tremble, je tremble de plus en plus je n’arrive plus à m’arrêter. Puis c’est le silence, un silence lourd et dévastateur qui traduit l’horreur de ce qui vient de se passer, un silence brisé par les sirènes des pompiers et des ambulances qui ne cessent de passer. Voilà, vendredi 13 novembre 2015, cette journée que j’attendais depuis longtemps, cette journée pour laquelle je m’étais préparée, cette journée que j’avais tant appréciée, où j’avais tant ri, cette journée où tout à basculé. J’aurais aimé m’en souvenir seulement parce que mon père a eu 50 ans ce jour là.

Malheureusement, je crois que ce jour qui devait rimer avec sourire, joie, vivre ensemble, bonheur ne restera dans ma mémoire qu’un souvenir de barbarie, de tristesse, de malheur, de rancœurs et de colère, de tant de colère et d’incompréhension.

S.G

Régidé le lundi 16 novembre.

Crédits : Marie-Héloïse Besson

 

Laisser un commentaire

Fermer le menu