Suite Armoricaine ou suite à l’enfance oubliée, volée dans le décor naturel de la Bretagne composé d’arbres qui s’enchevêtrent. Suite Armoricaine est un film de Pascale BRETON basé sur un projet avec les étudiants en Cinéma de l’Université Rennes 2. Pascale BRETON, dans un entretien, exprime son souhait de réaliser un film sur la fac où elle a étudié la géographie. Au FESTIVAL DEL FILM LOCARNO CONCORSO INTERNAZIONALE 2015, son film remporte le prix FIPRESCI.

Françoise est professeure d’Histoire de l’Art à Paris. Elle décide de venir enseigner à l’université de Rennes 2 pour retrouver sa jeunesse perdue. Ion, étudiant en géographie, fuit son passé. Par l’étude de la géographie, il veut oublier le vide affectif laissé par sa mère, Moon.

Valérie Dréville / © Tom Harrari
Valérie Dréville / © Tom Harrari

La crise identitaire

La question des origines est omniprésente pour la réalisatrice. Le film permet au deux personnages de se retrouver.

Françoise commence par louer un appartement en Bretagne. Paris lui donne des démangeaisons, au sens propre comme au figuré. Elle fait déménager sa bibliothèque, élément intime qu’elle partage avec ses étudiants au travers de l’étude de tableaux. Elle s’éloigne de plus en plus de Paris, de son mari… La quête de son enfance devient de plus en plus pressante. Au détour d’un rêve, sa Bretagne natale, la langue bretonne, son grand-père guérisseur resurgissent. Une photographie prise lors d’une soirée rock avec ses amis de jeunesse lui est envoyée par un des personnages présent sur la photographie. Il est aujourd’hui le bibliothécaire de l’université. Tour à tour, elle rencontrera les personnages présents sur la photo que le temps a transformé. Mais surtout Moon, son amie gothique de l’époque, SDF et mère de Ion. C’est elle, ce rayon lunaire, qui permet à Ion et Françoise de se rencontrer.

Ion est boursier et habite une résidence universitaire. Étudiant en géographie, il noue une relation avec une étudiante aveugle. Il l’a choisie, sans doute, car sa sensibilité différente lui permet de le voir sous un angle nouveau, où son enfance n’a plus d’importance. Peu à peu, la géographie ne lui suffit plus et il se passionne pour l’art. Ce dernier lui masque mieux la réalité. Puis un soir, à l’issue d’une de ces conférences Françoise rencontre Moon. C’est la dernière fois que Ion verra sa mère. Après la mort de sa mère, Ion va se passionner pour Françoise. Cette inconnue qui semblait connaître sa mère.

L’issue de la quête de ces deux personnages prend fin à leur rencontre. Elle lui fait part de son passé avec Moon et lui présente le jardin de son grand père où tant de plantes ont servi à guérir des peurs. Réunis dans ce jardin, leurs peurs à eux aussi s’estompent.

Kaou Langoët et Manon Evenat / © Tom Harrari

L’art sur tous les plans

Dans la façon de tourner de Pascale BRETON, naît une véritable esthétique. En effet, dans un entretien, la réalisatrice révèle sa volonté de créer une fresque grâce au format 2,35. Les plans larges et parfois statiques évoquent des tableaux qui semblent s’entremêler avec ceux que Françoise décrit dans ses cours. L’eau et les arbres sont deux thèmes assez récurrents dans ses plans. L’eau représente la vie que chérissent Françoise et Ion mais aussi la mort de Moon. Françoise évoque notamment le fleuve du Styx comme une séparation entre le monde des vivants et celui des morts (cf. Charron traversant le Styx, Joachim PATINIR).

Charron traversant le Styx, Joachim PATINIR Musée du Prado, Madrid
Charron traversant le Styx, Joachim PATINIR
Musée du Prado, Madrid

Le plan qui l’évoque le plus est le dernier où la mer vient frapper une masse rocheuse et découvre le sable. Ce plan évoque le tableau Prométhée d’Arnold Böcklin, tout comme le jardin de l’ancienne ferme rappelle le tableau Le passage du Gué, le soir de Jean-Baptiste Camille COROT.

Prométhée, Arnold Böcklin Collection Barilla d'Art Moderne, Parme
Prométhée, Arnold Böcklin
Collection Barilla d’Art Moderne, Parme
Le passage du Gué, le soir, Jean-Baptiste Camille COROT
Le passage du Gué, le soir, Jean-Baptiste Camille COROT

 

Le Temps à double « Je »

Suite Armoricaine est découpé d’une manière assez particulière. Il est question du temps présent et du souvenir. Pour permettre un voyage entre les différents points de vues, Pascale BRETON réalise des flashbacks. Cela donne un effet presque « chorale ». La réalisatrice justifie ce procédé par la volonté de « faire avancer le récit comme par vagues ». Cependant, les personnages se font toujours rattraper par le présent du film qui les oblige à se confronter à la réalité. Comme le sous entend Françoise, enfant, dans le prologue du film : nous ne pouvons renier ses origines, elles restent toujours ancrées en nous.

Avis aux amateurs d’Art et de réflexion, Suite Armoricaine sort le 9 mars sur les écrans.

par Pascale Breton et avec Valérie Dréville, Kaou Langoët, Elina Löwensohn, Manon Evenat, Laurent Sauvage, Klet Beyer, Yvon Raude, Peter Bonke, Tangi Daniel, Ewen Gloanec, Catherine Riaux, Hildegarde Blond, …

Laëtitia Le Gigan

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