Patients

« Il est à qui ce Tétra ? »

 

 

Des néons aveuglants, un plafond blanc, les sons réguliers de l’électrocardiogramme, une vue à la première personne, floue. « Il est à qui ce Tétra ? » cri un chirurgien.

Sans aucun doute, Patients s’ouvre et il est brutal. Peu à peu, la vision s’éclaircit, et le spectateur découvre le personnage de Ben (Pablo Pauly), jeune garçon et ancien basketteur à la carrière prometteuse, désormais dépendant de ses aides soignants. Ben incarne la jeunesse, l’insouciance, l’envie de vivre mais aussi la volonté de survivre dans un monde qu’il ne connaît pas. Accepter sa condition, sa nouvelle vie « adaptée ». Chercher à « niquer des heures » dans un quotidien où les jours se ressemblent atrocement, avoir les mêmes conversations car les patients ont des pertes de mémoires, lutter contre une envie de vivre qui se dissipe pour en ressortir plus fort. Ben partage son quotidien avec l’expérimenté Farid (Soufiane Guerrab), aux torturés Toussaint (Moussa Mansaly) et Steeve (Franck Falise) en passant par la belle Samia (Nailia Harzoune) ou encore avec le Kinésithérapeute François (Yannick Renier). Ces personnages singuliers animent ce centre, ils en font un lieu authentique et vivant.

 

Un film qui se veut autobiographique où Grand corps malade veut recréer un univers qu’il a connu, à savoir un univers où « tout le monde est en galère ». Farid, en fauteuil depuis ses quatre ans se fait guide de ses amis en leur confiant que leur vie ne sera plus jamais comme avant et qu’il faut accepter leur condition « adaptée ».

Bien que réalisateur d’un film autobiographique, Grand corps malade reste en retrait, alimentant quelques fois son récit de petites anecdotes qui rendent le film plus vivant.

Patients est un film d’humour, de vannes, de camaraderie mais surtout de solidarité. C’est un film d’espoir montrant un héro acharné, alimenté par une rage de retrouver le contrôle de son corps. Mais Patients, c’est aussi un film incroyablement humain tant sur le rapport au corps qu’à l’intimité, de la gestion d’une nouvelle identité, la peur de sortir du centre, du regard des autres mais aussi la difficulté de remettre en cause tous ses projets.

 

L’aspiration à se vouloir debout

 

De Patients, on retient deux qualités fondamentales qui sont la complicité et l’honnêteté, indissociables l’une de l’autre.

Grand corps malade et Mehdi Idir font toujours prévaloir l’authenticité face au carcan du genre ou à l’impératif émotionnel. Plutôt que d’enfermer les personnages dans une vie dont les murs sont infranchissables, ils n’hésitent pas à laisser des conversations en suspens, des relations incomplètes, des douleurs encore vives et des espoirs irréalisés, et parfois, irréalisables. Tant de procédés qui viennent piquer la curiosité du spectateur.

Patients ; un mot, des dizaines de significations. Grand corps malade livre un véritable témoignage autobiographique pour faire partager le quotidien d’un centre de rééducation qui accueille des tétraplégiques, paraplégiques ou des traumatisés crâniens. Le sujet du handicap est abordé sous un angle rarement traité ; difficultés, pleure, rage mais aussi espoir, espérance et bonheur. L’espoir de sortir, l’espérance, la rage de vaincre, de progresser. Patients et son casting de comédiens peu connus du grand public apportent beaucoup de fraîcheur et de sincérité. On s’attache très rapidement aux personnages dont l’unique but est de « niquer des heures ». Tous n’auront pas la chance de retrouver le contrôle de leurs muscles, certains n’auront pas la force de résister, d’autres se battront jusqu’au bout.

Une leçon de vie où le « tétra incomplet » nous est montré de manière presque naturelle, où l’angoisse de sortir du centre et la peur du regard des gens ne nous laisse pas indifférent. L’écran s’assombrit, les applaudissements emplissent la salle, elle se vide, mais nos esprits songent à tout cet espoir adapté.

 

« Pour accepter cette position et trouver un espoir adapté
Alors on va relever les yeux quand nos regrets prendront la fuite
On se fixera des objectifs à mobilité réduite
Là-bas au bout des couloirs, y’aura de la lumière à capter
On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté »

 

https://www.youtube.com/watch?v=NuxAXG6aQCM

« Espoir adapté » – Grand corps malade & Anna Kova

 

Manon Pallo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *