« Des films maudits »

Tout comme Bastille Day qui a été déprogrammé en juillet quelques jours après sa sortie, de nombreux films n’ont pu être diffusés compte tenu de l’actualité qui touche la France depuis quelques mois. Déprogrammer ou censurer un film reste exceptionnel et d’autant plus rare en France, mais pourtant deux films en ont bel et bien fait les frais cette dernière année. Pourquoi ont-il été supprimés ? Cette question pose encore de vifs débats entre ceux qui estiment cette censure juste et d’autres qui la jugent déplorable. Ces deux films sont ainsi sortis en e-cinéma, nouveau mode de distribution qui peine encore à s’imposer en France. En dehors du peu d’engouement qu’on pourrait y porter, ne pas avoir connaissance de ces films reste dommage d’autant qu’ils restent un véritable moyen d’instruction et de divertissement.

 

MADE IN FRANCE – Nicolas Boukhrief 

made-in-francem274516Comme l’a affirmé le Figaro, Made in France « a souffert de l’actualité tragique. » Réalisé par Nicolas Boukhrief, ce long-métrage a été écrit de 2011 à 2013 et a été tourné en 2014, c’est d’ailleurs ce qui le rend aussi surprenant. En effet, ce film relate l’infiltration par un journaliste Français d’une cellule djihadiste Parisienne dont le but premier est de semer la terreur en plein cœur de la capitale. Sa sortie avait été repoussée après les attentats de Charlie Hebdo et il devait être projeté dans nos salles le 18 novembre 2015 par la société de distribution cinématographique parisienne Pretty Pictures. Courant novembre, Nicolas Boukhrief avait alors annoncé que Made in France ne sortirait finalement que sur les plateformes de e-cinéma suite aux refus des exploitants de diffuser son film le jugeant trop proche des évènements du 13 novembre 2015. Certains parlent de ce film comme d’un film « prémonitoire », « visionnaire » voire « prophétique » qui, reflétant une réalité absconse, met en scène des affiche_-_made_in_francejeunes de différentes origines embrigadés par plusieurs moyens de radicalisation. Même Nicolas Boukhrief s’étonne lui même : « la réalité a tellement rattrapé mon film ».Passant de la fiction à un véritable thriller-documentaire et ainsi d’une simple fiction à un sujet tabou pour tous, le réalisateur permet de cerner davantage les phases de la djihadisations des jeunes de l’endoctrinement au passage à l’acte. Ce film sort de l’ordinaire dans la mesure où, aujourd’hui, se documenter sur ce sujet reste compliqué sns qu’une opinion politique soit émise. Ce thriller à petit budget a ainsi le mérite d’exister même si les critiques le concernant divergent.

 

BLACK – Adil El Arbi et Billal Fallah

black-affiche-poster-film-belgeContrairement à Made in France, ce film belge réalisé par Adil El Arbi et Billal Fallah n’aborde d’aucune façon le terrorisme. Il a cependant bel et bien été boycotté des salles françaises pour des raisons toutes aussi proches. En effet, ce Roméo et Juliette urbain retrace l’histoire d’amour impossible entre Mavela et Marwan faisant chacun partie de gangs rivaux dans une banlieue de Bruxelles : Molenbeek. Après de nombreux débordements dans des salles Belges, le film a été interdit au moins de 16 ans en France pour au final ne pas sortir à cause de « sa violence » mais aussi du climat politique présent en France suite aux attentats orchestrés par une cellule de Molenbeek à Paris. Le film a donc été relié aux récents attentats par les exploitants et son sujet, sa violence et son atmosphère auront eu raison de son annulation. Sa censure pose cependant de nombreuses questions quand on remarque que des films comme « salafistes » ou encore « Moi, Olga » ont été projetés dans de nombreuses salles en France. Considéré comme un « West Side Story ultraviolent » par le magazine Premiere, Black va au delà des limites du conventionnel ce qui lui permet de s’imposer comme un film incontournable.

LAURA MASSON

 

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